Poya 1989

La cinquième Poya, 6-7 mai 1989 : la célébration des traditions
Pour la première fois organisée sur deux jours, et précédée du loto le jeudi soir et de l’Assemblée générale de la Société Fribourgeoise d’Economie alpestre le vendredi, cette édition suit d’une année les 80 ans de l’Association Gruérienne pour le costume et les coutumes. Sous la houlette de Raymond Gremaud, président, elle prend le parti d’illustrer un passé que l’on sait révolu. Entre l’évocation de la tradition et celle de la modernité, le choix est fait : « La Poya, grande célébration d’une coutume ancestrale, c’est aussi la fête d’un dynamisme. Car le troupeau a évolué. La race est digne des meilleures sélections du monde. Ce qui n’exclut par la tradition. Immuablement, le troupeau va connaître chaque mai l’ascension symbolique vers le pâturage. » Mais Raymond Gremaud saisit aussi les nouveaux défis qui attendent le paysan : « Il s’agit d’honorer l’armailli et de magnifier le fruit de son labeur : le gruyère aux qualités renommées. Il s’agit aussi de reconnaître l’importance de cette économie fromagère sur la géographie du pays. En exploitant la terre jusqu’aux crêtes des Préalpes, l’armailli a magistralement façonné le paysage. » L’aspect mystique et rassurant de la montagne est souligné : « […] La montagne est devenue le lieu des gens en quête […] La civilisation étant ce qu’elle est, la montagne est aussi devenue un refuge ». Raymond Gremaud fait d’ailleurs allusion au « pèlerinage d’Estavannens », sacralisant ainsi un peu plus cette fête.
Dans le contenu de la manifestation, il s’agit plutôt de magnifier les traditions. La journée du samedi 6 mai est consacrée aux vieux métiers : de 10h à 18h, plus de 30 groupes d’artisans (bûcherons, fabricants de fagots, tavillonneurs, dentellières, tisserandes, tressage de la paille, forgerons, graveurs, bouchers,…) sont au travail sous les auvents des fermes ; à l’église sont projetés des films sur la fanage des Chaux, sur le charriage du bois avec les chevaux et sur le tavillonnage. 44 poyas sont également exposées. Un concert folklorique a lieu le samedi soir.
La journée du dimanche est très semblable à celle des précédentes éditions : office en patois à 10h (Messe des armaillis d’Oscar Moret), concert-prélude à la montée à l’alpage à 11h, pique-nique et repas à 12h, et un jeu scénique de 13h30 à 14h30, suivi du cortège.
Pour la première fois, une création originale est présentée : Oscar Moret (musique), Jean Charrière (texte patois et scénario) et Fernand Dey (mise en scène) signent un spectacle principalement en patois, où se mêlent nouveaux chants et harmonisations de chants de l’Abbé Bovet. Signe d’ouverture aux nouvelles générations, ce sont les chœurs d’enfants de toute la Gruyère (sous la direction de Pierre Robadey) qui sont les principaux acteurs de cette fresque musicale, soutenus par le Chœur des armaillis et la Chanson du Pays de Gruyère sous la direction de Michel Corpataux. Le spectacle évoque le retour du mois de mai, ainsi que la montée à l’alpage.
Le cortège, sous la direction de Raymond Gremaud et Roger Jaquet, est organisé selon les groupes de saisons : l’automne (Barbus de la Gruyère, bovins à la charrue, chevaux à la charrue, caisse à purin à cheval,…), l’hiver (bûcherons, luge à foin,…), le printemps (voiture d’amoureux à cheval, faucheuse à peine à cheval, etc.), l’été (râteleuse à peigne, char de foin, etc.), les quatre saisons (arbre de mai, charrettes à bras et pour chien, chars de marché, à cheval), la poya (armaillis, moutonniers, bétaillères nouvelles pour la Poya moderne,...) et le troupeau noir et blanc. Il est à noter que quasi tous les chars sont tirés par des chevaux et non des tracteurs !

François Rime
10 décembre 2011