Poya 1956

La création de la fête, 6 mai 1956 : l’anniversaire d’un chant
C’est l’Association Gruérienne pour le Costume et les Coutumes, dont l’instigateur fut Henri Naef, conservateur du Musée gruérien et le premier président fut Cyprien Ruffieux, dit Tobi-di-j’èlyudzo, élu en 1928, qui est à l’origine de la fête. Henri Gremaud, président depuis 1951 et conservateur du Musée gruérien depuis 1961, ainsi qu’André Corboz, directeur de la Maîtrise Saint Pierre-aux-Liens de Bulle et directeur musical de l’association, en sont les fondateurs.
La fête se veut d’abord une célébration, une commémoration, celle des 75 ans du chant La Poya, d’Etienne Fragnière, mis en musique par Pierre Bovet, père de l’abbé Joseph Bovet.  C’est l’abbé chantant qui allait en donner la version définitive à quatre voix d’hommes en 1910, dans la grande halle de la Fête cantonale de chant, sous la direction de Jules Corboz, père d’André .
Le choix d’Estavannens comme cadre est exprimé en ces termes par Henri Gremaud : « C’est que là-haut s’associent de manière idéale les conditions qui concourent à la réussite d’une telle célébration. Le village, à deux pas du pâturage. La chapelle, au bord de la forêt. Le sentier abrupt qui grimpe dans la faille ouverte sur le ciel. Et, sur le doux vallonnement où s’installe la fête, la vue merveilleuse qui porte à la fois sur le château de Gruyères, berceau de la dynastie, et sur l’Intyamon que chanta Louis Bornet. Et puis une population simple et cordiale, qui a souci de garder sa vérité. »
L’organisation de la fête est confiée à L’Harmonie, société de musique (« portant le costume d’armailli » nous précise Henri Gremaud), qui travaille en étroite collaboration avec le bureau de l’Association gruérienne qui a son siège à Bulle. Tous les groupements membres sont appelés à participer.
Le comité définit la colonne vertébrale de la fête, qui allait perdurer, avec quelques changements, dans les éditions suivantes :
-    un office religieux, avec un sermon en patois et, en final, Nouthra Dona di Maortzè
-    un pique-nique sur l’herbe
-    un spectacle illustrant « les aspects vivants de la montée à l’alpage », avec participations de chœurs et de danseurs
-    un cortège qui se termine par le passage du troupeau.
Pour la première édition du spectacle, c’est Henri Gremaud qui écrit le texte de liaison entre les chants et Jo Baeriswyl qui met en scène des 21 tableaux, alors qu’André Corboz assure la direction musicale. Le cortège, quant à lui, présente les villages d’Echarlens, de Charmey et d’Estavannens, dont les fanfares participent à la fête, puis derrière les « medze bakon » (mange-lard, héraults légendaires de la localité) et les tireurs, les chars illustrent notamment les « mangeurs de crème », la noce, les faneurs de chaux, les bûcherons, scieurs de long, fabricants de bassins de bois, les arracheurs de gentiane ou encore le petit chevrier d’Estavannens. Enfin, suivant les armaillis de la Gruyère et de l’Intyamon, le troupeau, toujours composé de vaches de la race pie noire, ponctue le cortège.

François Rime
10 décembre 2011