Poya 1976

La quatrième Poya, 9 mai 1976 : entre commémoration et nostalgie du passé
Célébrant les 20 ans de la première Poya, l’édition de 1976 est décidément ancrée dans une démarche commémorative, qui est détaillée par Henri Gremaud dans son long préambule du livret de fête  :  les 25 ans de la mort de l’Abbé Bovet, les 5 ans de la mort d’Honoré Lanthmann, fondateur du groupe de l’Intyamon, qui présida le comité de la fête de la Poya 1966 et les 9 ans de la mort d’Henri Naef : « Celui qui fut l’inspirateur, le rassembleur, aux origines de l’Association gruérienne pour le costume et les coutumes en 1928. »
Et surtout, les 5 ans de la mort d’André Corboz, ami proche d’Henri Gremaud et co-fondateur de la Poya : « Il porta, dans le geste musical de ses deux bras, la « Poya d’Estavannens ». Depuis qu’un dimanche matin, montés à la chapelle du Dâ (depuis longtemps, elle nous faisait signe de loin, clair au dessus du pâturage) l’on décida : Ici doit se faire une fête de la Poya ! Oui, il faut se souvenir de l’homme exigeant qui voulait que le beau soit le plus beau possible. »
L’analyse d’Henri Gremaud se fait plus sombre en ces temps de mutations de la paysannerie, et on le sent nostalgique d’un passé révolu : « Au risque de paraître inconditionnellement tournés vers le passé, ne refusons pas de nous attarder à quelques dates. Pour la raison que, de ces étapes, nous avons à nous souvenir. Parce qu’elle font remonter à nos mémoires de chers visages. Des personnages envers qui nous avons une dette de reconnaissance. Nous y sommes attachés par le cœur, certes. Mais la vieille Gruyère – le pays, pouvons-nous dire – leur est comptable de beaucoup de dévouement. Il leur doit d’avoir préservé quelque chose de son âme. En un temps où beaucoup de notions sont désacralisées, il est bon de souvenir. »
Enfin, Henri Gremaud justifie les dix ans qui séparent la troisième de la quatrième édition : « On ne l’a pas voulu trop fréquente. Cette fête de l’alpe aurait couru le risque de devenir une banale kermesse « folklorique ». Et les gens de la montagne ont leurs soucis, qu’il faut respecter. »
Le contenu de la fête baigne dans cette ambiance nostalgique. Si la messe est pour la première fois interprétée en patois (Mècha in l’anâ de Noûthra Dona d’Oscar Moret traduction de François-Xavier Brodard), le spectacle, mis en scène à nouveau par Jo Baeriswyl et sous la direction musicale de Michel Corpataux, avec un texte de liaison de Pierre Yerly, est un hommage à l’Abbé Bovet à l’occasion des 25 ans de sa mort : « Youhê ! Diora ; fô poyi ! ». Après une évocation du réveil du printemps, il décrit la préparation et le départ du troupeau.
Le cortège est plus hétéroclite, évoquant le contingent d’Estavannens à la bataille de Morat, les étrennes au bailli de Gruyère, l’ermite du Châtelet, sainte Marie-Madeleine, patronne de la paroisse, saint Garin, protecteur des troupeaux, la Poya, chanson de la montée à l’alpage, illustrée par différents groupes, les âges de la vie, la balançoire rustique, les origines, les métiers et les travaux, la femme et la poya, le façonnage d’un bassin d’alpage, la cueillette des petits fruits, le tavillonnage en montagne, le bûcheronnage, la vie alpestre, le gruyère s’en va dans les cinq continents mais aussi  la relève (les « bouébos » et leurs diplômes). Il se termine par le traditionnel troupeau noir et blanc.

François Rime
10 décembre 2011