Petit rappel

Le terme « POYA » signifie en patois « montée des troupeaux à l’alpage ». Les vaches, magnifiquement décorées de fleurs et de sonnailles, montent à l’alpage, conduites par les armaillis, canne à la main, portant bredzon, capet et loyi. Le troupeau est suivi du train du chalet, soit tout le matériel nécessaire à la vie de chalet.
Durant les mois d’été, les vaches paissent l’herbe riche et unique des alpages, fournissant à l’armailli l’or blanc qui lui permet de fabriquer chaque jour une meule du fameux Gruyère d’alpage.
Dès les premiers froids de l’automne, sentant peut-être aussi arriver la bénichon, les armaillis et leurs troupeaux retournent dans la plaine. C’est ce qu’on appelle la désalpe ou « RINDYA » en patois.

Définition du terme poya par Serge Rossier

Poya vient de « podium » en latin, au sens de construction en gradins, mais aussi d’endroit surélevé, colline ; en franco-provençal, le terme poya signifie montée ou pente.

Dans nos Préalpes, la poya renvoie, depuis le XVe siècle jusqu’à aujourd’hui, au départ des troupeaux vers les pâturages de moyenne montagne, à partir de la mi-mai.

Et dans ce premier sens, la poya est aujourd’hui encore une pratique bien réelle : près de 10’000 vaches allaitantes ou laitières, 26’000 génisses et 7’000 ovins et caprins montent chaque année passer 100–110 jours l’été sur les hauts. Et pour s’en occuper quelques centaines d’armaillis et de modzenê, parfois des familles entières qui entretiennent ce mode de vie ancestral. Dans 35 chalets se fabriquent alors du Gruyère AOC d’alpage et un peu de Vacherin fribourgeois AOC d’alpage.

Hormis ce sens premier et concret de montée à l’alpage, le mot poya renvoie aussi aux peintures de poya, ces représentations de montée à l’alpage dont Sylvestre Pidoux produit les premières mises en scène à partir de 1835. Placées sous les auvents des fermes, elles connaissent un succès au XXe siècle. La Poya, c’est aussi un chant que tout enfant, élève, membre d’une société de jeunesse ou de chant, c’est-à-dire tout Fribourgeois, a entendu ou sûrement chanté. C’est le texte de cette chanson, un poème d’Etienne Fragnière datant de 1881 qui sert de prétexte à la première Fête de la Poya d’Estavannens en 1956.


Extraits de Serge Rossier, vernissage
« Les chemins de la POYA », Musée Gruérien,
23 mars 2013